Pierre Clavel à Assas
Un oiseau s’envole avec les bouteilles, un bateau navigue sur les films, un soleil réchauffe les palettes qui partent au nord. C’est la façon qu’a Pierre de souhaiter bon voyage, un dessin inscrit sur la transparence qui serre de près les cartons emplis de vin. Il part avec chaque bouteille, voyage fastidieux, voyage d’esprit. La bouteille se mue en périscope imaginaire et assiste aux fêtes, aux ruptures, aux rendez-vous intimes ou mondains, à table, au lit, tous les possibles se bousculent, gentiment, sans arrière-pensée. Fantasmagorie d’une quête, du lien qui unit le vigneron à qui boit son vin.
C’est aussi une façon de se rassurer. Eternel anxieux, il voudrait épier le regard qui porte son vin à la bouche, voir la réaction après la deuxième gorgée, savoir comment il le trouve, en discuter. Tous les compliments du monde n’arriveraient pas à le rassurer.
Une histoire de tas
C’est Georges Dardet, ancien président de la Cave de Berlou à Saint Chinian, qui a éveillé la passion du vin chez Pierre. Avant, il vivait sur un tas de cailloux calcaires en Haut Larzac en compagnie de chèvres. Montpellier le voit ensuite vendre des produits régionaux (pas seulement des fromages de chèvres). La rencontre avec Georges Dardet décide de son activité actuelle qu’il apprend sur le tas. Son envie de faire du vin, il la concrétise sur des galets roulés d’origine alpine (Villafranchien). C’est la prise en fermage de la Méjanelle, un terroir aux possibilités incroyables qui n’a pas échappé à Pierre.
Il n’y avait pas de tradition de qualité
Il fallait un sens aigu et de la pugnacité pour imaginer l’avenir et parvenir à la qualité actuelle des vins. Pierre ne se dit pour autant pas satisfait et s’interroge toujours : quel est le potentiel réel de ses parcelles ? Il n’y a pas d’antériorité de qualité à la Méjanelle, pas de références historiques. Les vignes y crachaient le jus, il fallut plusieurs années pour stabiliser les vieilles vignes qui échappèrent à l’arrachage. A entendre Pierre, le grenache dilué, alcooleux, sans couleur, sans couleur et éventé mit quinze ans pour atteindre la qualité actuelle lui permettant d’entrer dans l’assemblage de la mythique Copa. Le meilleur épanouissement de la vigne reste une priorité du Domaine.
La Copa, ses sœurs et cousines
Entrée de gamme, Le Mas, un travail sur le fruit qui donne un vin de plaisir, un vin de soif, un verre en appelle un autre, assemblage de carignan et de syrah, quarante mille bouteilles en moyenne.
Les Garrigues ; un joli vin d’élevage en cuve qui mélange grenache, syrah et mourvèdre selon les millésimes, septante mille bouteilles.
Les Catalognes, les vignes de papa Jean ; elles alignent sept cépages, carignan, cinsault, syrah, mourvèdre, muscat petit grain, pinot gris, grenache noir et offrent avec générosité leur fruité enjôleur, vingt deux milles bouteilles.
La Copa, le must, née en 1992, au succès fulgurant, qui assemble la syrah, le grenache et le mourvèdre. Le nombre de bouteilles sort entre cinquante et quatre-vingt mille exemplaires. Pierre résite à la pression et refuse d’élaborer une cuvée prestige. Jouer sur la rareté ne correspond pas à sa philosophie de Vinarchiste, le prix des flacons doit, également, rester abordable « mille francs pour une caisse de Copa c’est beaucoup d’argent juste pour le plaisir des sens ».
Un vieux projet
Pierre et son épouse Estelle désirent depuis plusieurs années se frotter à la clientèle particulière notamment en accueillant chez eux les personnes désireuses de se procurer quelques bouteilles sur place.
Moment privilégié, fin de journée, les conversations durent plus que le temps d’un achat. Echange, le client devient un amie avec qui l’on partage une idée, un conseil, une anecdote. Dressée, la table regorge de saucissons, de fromages, de pans dorés, de flacons tirés. Le vin écoute et se donne. La porte ouverte regarde les étoiles et ceux qui viennent, heureuse des sourires accueillants.
Cela se fera au Mas Périé, près d’Assas.

