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Pierre Clavel, Estelle, la Copa Santa, et moi et moi et moi ...
Sincérité, sensibilité, générosité, passion, voilà comment Pierre Clavel et sa femme nous sont apparus : je pressentais bien de la fougue, Pierre n’en manque pas, de l’audace, elle ne lui fait pas défaut, de l’intelligence, bien entendu. Cet homme a l’étincelle en plus … Et le recul nécessaire maintenant pour avoir des avis sur les vins du sud, lui qui a été l’un des pionniers de la qualité dans le Languedoc. Jérôme PEREZ www.lapassionduvin.com
 Je n’oublierai jamais que je lui dois un pan entier de ma passion, Copa-santiste dans l’âme, ne l’ayant rencontré qu’au travers de ses vins, de quelques mails et coups de téléphone, j’ai fait enfin la jonction, vécue comme un pèlerinage. Ma foi s’en trouve ragaillardie, tout comme ma passion : passion des hommes, de la terre et du vin, une vision sociale que l’on me reproche bien volontiers mais que j’assume totalement.
Et que dire d’Estelle, sa charmante épouse ? Elle porte sur Pierre des yeux qui ne trompent pas, je sais qu’elle lui est indispensable, c'est-à-dire indispensable aux vins qui portent son sceau : pilier, constance, socle solide et serein, base rassurante, qui permet au vigneron d’exprimer toute sa fantaisie, son inspiration, ses envies, fussent-elles changeantes.
Vigneron sans terre jusqu’à peu, il s’est ancré à Assas, au Mas de Périé, un lieu magnifique, à vingt kilomètres pourtant des vignes qu’il exploite en fermage : les unes sur les galets de la Méjanelle, les autres près de Saint Christol. Le vin se fait ici maintenant, les raisins étant acheminés en tracteur (pas facile!). Pour magnifique qu’il soit, le site n’en est pas moins un outil de travail remarquable que Pierre et Estelle modifient sans cesse pour qu’il soit encore plus au service des vins. Le nouveau chai à barriques n’est pas encore totalement terminé ; il a été imaginé parce que l’ancien ne convenait pas à Pierre, l’inquiétait ; l’inquiétude est une chose qui revient souvent dans le discours de Pierre, il en parle en se frottant la tête comme s’il fallait ajouter encore à cette inquiétude par le geste et comprendre que finalement ce fantasque est tout sauf un insouciant : le vin le tient, l’occupe tout entier : son vin pour lequel il n’a de cesse de penser à l’amélioration, mais toujours dans un style qui lui plait.
Le Mas de Périé, près du village de Assas, sur fond de Pic Saint-Loup
Un exemple de cette obsession ? Dans le nouveau chai à barriques, il y aura de la musique classique en continu, pour que le vin s’élève sereinement. Mais ce n’est pas tout : une fontaine qui fournira, outre une participation à la fraîcheur, un doux clapotis apaisant. Et si le vin s’en trouve meilleur, on ne pourra pas directement faire le lien, mais on pourra y penser. Il faut bien croire en quelque chose : voilà une phrase qui revient aussi assez souvent. Mais il y a d’abord l’essentiel : un lieu refroidi par un système de puits canadien, très sobre, très fonctionnel. Tout est résumé dans ce chai, l’essentiel et le superflu, tout aussi essentiel : l’utile, pensé, et l’étincelle qui illumine l’ensemble.
Un autre exemple ? Sur chaque palette qui part du domaine, palette de vin très sérieusement préparée, il y a toujours écrit un mot avant qu’elle ne quitte le lieu de stockage : « bonne chance ! » Ou « que nos vins vous plaisent », ou encore « bon voyage ». Et à chaque fois cette inquiétude et ce pincement au cœur : émotion du travail accompli, questionnements incessants sur la qualité.
Même si les pratiques s’en inspiraient déjà largement, Pierre et Estelle ont décidé de convertir leur pratique culturale au bio. On lit au domaine Clavel dorénavant le calendrier lunaire et les applications en sont très scrupuleuses : jours fruits, jours feuilles, jours racines, on ne déroge pas. Ils ont choisi d’y croire : une fois encore, il faut bien croire en quelque chose.
Vigneron fougueux, vigneron fantasque, vigneron audacieux, vigneron entreprenant, engagé, soucieux, il est tout cela à la fois et Estelle qui l’accompagne, le soutient : si j’avais pu imaginer quelques facette des vins par les dégustations que j’en ai fait, je sais maintenant qu’il y a aussi celle de cette union très forte.
Pierre qui siffle ou chante là-haut sur la colline et Estelle qui regarde son homme avec fierté, je ne voudrais pas donner une vision trop idéaliste ou idyllique : les vins Clavel, c’est une entreprise et il faut en vivre : Pierre et Estelle sont des esprits libres, des esprits pétillants, engagés dans leur métier : ce métier consiste à produire les meilleurs vins possible sur les terres qu’ils exploitent.
Le terroir de la Méjanelle et ses galets roulés
Copa Santa dégustation verticale :
1995 : Une robe sombre avec une trace d’évolution somme toute légère. Foxé, réduit à l’ouverture, le vin a du mal à s’ouvrir mais le fruit est bien là. Belle bouche parfumée avec des tannins encore bien dessinés. C’est un vin qui peut encore évoluer, dans un registre élancé et frais.
1996 : jolie robe profonde. Le nez porte sur les fruits rouges, la fraise avec un soupçon animal. Belle tenue en bouche, c’est un vin élégant, mais plus court que le 1995. Bonne fraîcheur.
1997 : la robe est soutenue, mais trouble légèrement déjà fanée. Nez d’olive noire et de coquille d’huître. Mince et acide, le vin accuse le millésime ou cette bouteille connaît un problème.
1998 : à mon grand désespoir, la bouteille est bouchonnée. Dommage car on sent de belle notes d’olive noire un gras et un bel équilibre. Mais la note liégeuse est trop forte pour apprécier correctement.
1999 : avec ce vin, on entre dans une dimension nouvelle, avec un supplément de concentration sans doute. La robe est très jeune très sombre et concentrée. Les arômes évoquent le cacao, les amandes, la cannelle. Belle matière en bouche où le vin s’exprime dans la puissance, l’amplitude, la chaleur aussi un peu en finale. Mais c’est bien bon.
2000 : (magnum) la robe est noire, très dense, opaque, impressionnante. Le vin est un peu réduit à l’ouverture puis s’ouvre sur des notes de cerise, de mûre. La bouche est d’une texture très suave, d’une rare densité. Parfumée avec des saveurs de cacao, elle confine au floral en finale. C’est un vin très long : excellent.
2001 : La robe est noire, opaque, mais moins dense que celle du 2000. Le nez est moins développé que celui du vin précédent, c’est néanmoins joli sur une dualité fruit / fleur. Très ample en bouche, la structure est très serrée. C’est un vin très puissant et bien équilibré avec des tannins qui demandent encore du temps. Très gros potentiel à mon avis, moins flatteur que 2000, mais devrait donner un grand vin.
2002 : une robe assez soutenue, très jeune. Des notes de beurre frais au nez et de violette. Belle ouverture à l’aération. La bouche est parfumée avec encore quelques tannins. Un vin qui peut encore évoluer, mais qui se boit très bien pour l’heure. Bien sûr, moins d’amplitude que les vins précédents, il est plus svelte, avec un bel équilibre.
2003 : robe sombre, de grande intensité. Le nez est d’abord marqué par l’élevage puis apparaissent les épices et la réglisse. La bouche est ample, marquée par un sucre résiduel bien présent et flatteur. Un vin agréable, facile, mais que je juge un peut court.
2004 : Un vin au style différent des millésimes précédents : la robe est moins soutenue. Le nez est floral, mais aussi épicé, le poivre notamment s’impose. Un vin svelte, dans un registre fin, bien tendu. Les mateurs de vins moins amples s’y retrouvent : il pourrait être dégusté avec Montcalmes 2005 avec lequel je lui trouve quelques affinités.
2005 : On renoue avec un style qui me convient davantage. La robe est noire violine. Le nez est fermé à double tour, quelques traces de mûre. Quand la syrah se fait grenache… La matière en bouche est riche, la structure encore un peu dure : l’assise tannique est très marquée et demande à se fondre.
2006 : Une robe noire violine, opaque, impressionnante. Nez beurré, mâtiné de mûre et de cacao. Grande amplitude en bouche, matière très suave. Un vin de grande envergure. Très belle finale sur le cacao et les épices. Très beau et à attendre.
Cette belle dégustation a permis de redécouvrir ce domaine et cette cuvée qui fut l’une des stars des années 1990. Le premier millésime remonte à 1992, il n’en manquait donc que 3. Les vins du Languedoc savent-ils vieillir ? Le 1995 est une réponse évidente. Y a-t-il un style pour cette cuvée ? Je pense qu’à partir de 1998, on peut l’affirmer et plus encore avec 1999. Ce vin à majorité syrah se comporte comme un grenache sur ce terroir si particulier de la Méjanelle (Galets roulés). Ce sont des vins très puissants, solaires, archétypes des vins sudistes. Ils sont marqués par une forte couleur, une matière en bouche très grasse et suave et un équilibre riche et solaire. Cerise, mûre, cacao et épices, comme une constante, trait d'union entre les millésimes.
Je pense que jamais les vins n’ont été aussi bons que maintenant alors que finalement, on parle bien moins de Pierre Clavel dans les guides ou les revues spécialisées. 2000 est exceptionnel, 2006 le rejoindra. 2001 et 2005 se ressemblent également et sont à mon avis des coureurs de fond.
Avec la multiplication des cuvées haut de gamme et très chères dans le Languedoc, celle-ci reste une grande référence, que je pense incontournable et représente un rapport qualité prix extrêmement intéressant. Il se trouve qu’elle se vend très bien à l’export, il serait temps que nous la redécouvrions en France et qu’on lui rende la place qu’elle n’aurait jamais dû perdre.
Jérôme Pérez www.lapassionduvin.com

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